Samedi 29 mars 2008
L'image “http://vdedaj.club.fr/spip/IMG/cache-177x188/rubon12-177x188.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs. Toute information, toute création et production aujourd'hui est emballée, pesée, packagée, marketée avant d'être injectée dans les cerveaux disponibles. Tout est récupéré et remanié pour faire joli ou choquer, pour endormir ou formater. D'où l'insupportable manie ces derniers temps du tout storytelling.

Et puis il y a des combats qui se livrent et dont on nous présente les grandes lignes, dont on évite d'aborder les fondements et les dommages collatéraux, que l'on préfère ne pas exposer de manière exhaustive pour éviter (empêcher) au (télé)-spectateur-lecteur passif un début de reflexion personnelle, point de départ d'une autonomie relative mais déjà synonyme, au regard des élites attablés aux préoccupations d'un ordre nouveau et mondial, d'une faille dans la chappe de béton qu'ils s'appliquent à tartiner entre les deux neurones de cette saleté de citoyen imprévisible qui confond sa gauche et sa droite.

C'est qu'on aime bien se vautrer dans le déni, se déguiser en grand homme, se décorer de bonnes intentions et être les premiers à avoir le courage de lever le poing.

Ainsi on est fier de nous montrer Robert Ménard qui brandit l'enseigne de son entreprise derrière le responsable Chinois du comité des Jeux venu en Grèce pour le départ de la flamme à Olympie. Voyez le trouble subversif et coupé au montage causé par ce valeureux défenseur de la liberté de la presse qui milite au péril de sa vie, du moins au risque d'une garde à vue, et dore ainsi un peu plus le blason de la France, pays du "non à la guerre en Irak" en vitrine et d'un renfort en stock de mille hommes pour son contingent en Afghanistan. La noble terre de la ligue des Droits de l'Homme, toujours en première ligne pour se donner l'image d'une indépendance courageuse, toute droite dans ses bottes face au miroir pour feindre d'être fidèle à son invention humaniste mais assez souple pour la cantonner à la théorie.

Mais qui est donc ce Ménard, fondateur d'une ONG et fraîchement décoré de la Légion d'Honneur par Nicky à la Houppe ?

D'une part il demande à ce dernier le "boycott de la cérémonie des Jeux à Pékin s'il n'y pas amélioration des Droits de l'Homme" et de l'autre il s'est opposé, dans une contorsion que seul un professionnel de la manipulation peut se targuer d'une illusion d'optique, à l'interdiction de l'appropriation des journaux par des groupes privés qui travaillent avec l'Etat. "Cela reviendrait" -dit-il- "à priver les journaux français, déjà pauvres, de toute source de financement. C'est le type même de la fausse bonne idée. Quel journal aujourd'hui" -ajoute-il- "ne rêve pas d'être adossé à un groupe puissant pour pouvoir faire correctement son métier?"

N'est-il pas là comme une contradiction assez déroutante pour de notre curiosité piquée aller à la pêche aux informations recoupées?

Pour ma part, de sérieux doutes avaient éveillé mon sens critique lors de la journée pour la liberté sur Internet le 12 mars. Parce-que je tends à considérer qu'il est plus constructif d'engager une démarche individuelle nouvelle pour tenter de changer certaines choses au lieu de s'attrouper l'espace d'une matinée dans la rue pour y agiter des banderoles, l'idée d'une cybermanif m'est apparue comme une totale imposture, d'autant plus ridicule que sur le site de RSF lorsque je m'y suis connectée, rien ne fonctionnait .

Du coup, ayant relayé sur abordo l'appel pour le boycott des Jeux, j'interrompt mes vacances bloggesque pour parfaire mes lacunes et livrer quelques pistes afin de répondre à certaines questions concernant le secrétaire à vie de Reporters Sans Frontières:
Qui est Roberd Ménard, ses financements et  ses méthodes par Jean Guy Allard.
Robert Ménard légitime la torture sur France Culture.
Pourquoi l'Unesco ne peut s'associer à RSF? par Salim Lamrani.
Enfin le procés de Robert Ménard sur LePlanB.

Aprés cette mise à jour utile sur la personnalité, les soutiens et les méthodes de Robert Ménard, je me réserve le choix de la "retenue" en ce qui concerne l'expression de mon sentiment en son endroit, mais retire promptement et le logo et le lien vers le site RSF inclus sur ce blog depuis de nombreux mois maintenant.

http://www.france-info.com/IMG/jpg/CRA-de-Toulouse-2.jpgA chacun ensuite de choisir selon ses convictions l'attitude la plus adaptée face à la cérémonie, aux Jeux, à la Chine et aux non-respect des Droits de l'Homme et des Enfants dans ce pays, et les autres.

Car il est bon d'abattre une idée reçue qui érige en modèle les pays Occidentaux si disposés à exiger des autres ce qu'eux mêmes ne respectent pas dans son entier, dixit Thierry Levy mercredi soir chez Taddeï.

Prenons au hasard les Etats Unis qui n'ont pas ratifié la Charte Internationale des Droits de l'Enfant parce-qu'elle interdit toute condamnation à la peine de mort pour un criminel mineur, ou l'enfer de la prison militaire de haute sécurité à Guantanamo ou encore le veto de Bush à un projet de loi interdisant la torture du waterboarding.

La France est loin du compte pensez-vous?

Doit-on rappeler une nouvelle fois les conditions de détention dans nos établissement pénitenciaires et de la pénurie d'établissements spécialisés pour les mineurs condamnés à la prison ferme? Que dire des centres qualifiés de "rétention administrative" alors que les récents incidents à Vincennes et les images que l'on peut en voir ne font plus de doute sur un nom plus adequat à leur attribuer, celui de "camps" étant donné les techniques répressives employées? Est-il nécessaire aussi de revenir sur les enfants de parents sans-papiers arrêtés dans leur école? Et qu'en est-il du travail des enfants?

Centres de rétention: "l'industrialisation"
L'avènement d'une xénophobie d'Etat
Le travail des enfants
par dirtydiel le 28.03.08 publié dans : politique
Mercredi 12 mars 2008
Déjà de retour me direz-vous? Non, pas vraiment, mon congé sabbatique bloggesque a commencé mais il me semblait nécessaire de finaliser sur le sujet des élections. Car une information me tombe sous le nez aujourd'hui et je ne peux que la relayer étant donné le doute fondé qu'elle peut susciter concernant les résultats.

Alors que dimanche soir je râlais devant trois chaînes qui s'enmêlaient continuellement les pinceaux dans les chiffres affichés à l'écran, me demandant s'ils n'avaient pas tous bu notamment sur France3, déjà deux résultats me laissait plus qu'étonnée, la victoire de deux maires, dont malheureusement dans ma surprise je n'ai eu le temps de relever les communes, et qui auraient été élus à 100%. J'entends ensuite un journaliste expliquer ce chiffre en précisant qu'ils étaient seul candidat présenté. Bon, j'admets difficilement qu'il ne puisse y avoir aucun vote blanc mais visiblement je suis la seule à être surprise.

A cela s'ajoute ce matin une info donnée seulement par le journal Le Monde au sujet de retards dans la communication des résultats totalement inhabituels et pas justifiés, une différence assez énorme du pourcentage de l'abstention entre le dimanche soir et le lundi matin, ainsi qu'une panne informatique majeure au Ministère de l'Intérieur.

Je vous laisse juge. Il est peut-être encore tôt pour sombrer dans la parano, mais venant d'un Président ex-Ministre de l'Intérieur et prompt à féliciter des experts notables en démocratie truquée tel que Poutine, c'est avec facilité que l'on peut envisager le pire. J'espère seulement qu'une enquête sera initiée par les organismes de contrôle de notre pays et qu'en cas de doute avéré, le Conseil Constitutionnel remplira sa mission.
par dirtydiel le 12.03.08 publié dans : politique
Dimanche 9 mars 2008
Aux Etats Unis, plus d'un Américains sur 100 est en prison. Ce chiffre place ce pays devant la Chine et la Russie et entraîne un surcoût du financement du systême carcéral de 315%, alors que celui de la protection sociale se dégrade et compte sous Bush un total en 2005 de 46,6 millions d'Américains sans aucune assurance maladie.

La population incarcérée se constitue majoritairement des minorités Noires Américaines et Hispaniques, et ne suit pas d'augmentation significative de la criminalité mais un durcissement de la loi visant à allonger la durée des peines des récidivistes. Ca vous rappelle rien?

Espérons que pour éviter le suicide, on aura droit à monter un spectacle de danse comme aux Philippines...



Beaucoup plus sérieusement, voici donc ce qui ressort du rapport du Pew Center of the States mettant en avant les chiffres consécutifs à une criminalisation de la misère aux Etats Unis, complément indispensable de l'imposition du travail salarié précaire, intermittent, peu sérieux et mal payé.

A cela s'ajoute une nouvelle loi pour la prévention de la radicalisation violente et du développement du terrorisme domestique, en ce moment devant le Senat Américain mais adoptée par une écrasante majorité au parlement en octobre dernier. Elle condamne au même titre que le terrorisme toutes formes de dissidence politique et d'activisme qu'il soit alter-mondialiste, anarchiste, environnementaliste, religieux, et toute contestation envers la globalisation, le capital et les entreprises menaçant la vie sur la planète.

Et pour donner une idée dans le détail de la vie en prison, voici le rapport de la commission d'enquête de juin 2000 sur les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires Français.
par dirtydiel le 09.03.08 publié dans : politique
Vendredi 7 mars 2008
Notre Prézygneur Chanoine de Latran se ramasse dans les sondages, mais Fillon récupère les déçus et voit sa cote de popularité gagner de l'altitude. Comprenez ça vous? Moi pas. C'est bien du premier ministre qu'il s'agit? Le gars chargé d'appliquer la politique et toutes les mauvaises idées du Seigneur sus-cité, ce me semble, non? Ou se cache la subtilité qui ferait la différence entre les deux hommes si ce n'est simplement le comportement?

Les Français choisiraient-ils et voteraient-ils uniquement en fonction de la tête du client? Pencheraient-ils pour l'un ou pour l'autre par goût ou dégoût des personnalités au lieu d'une affinité ou d'un désaccord avec les programmes proposés? Leur choix seraient donc déterminés sur des bases aussi tangentes et versatiles que le sont l'humeur et la couleur du slip de nos hommes et femmes politiques?

Les Français ne s'intéressent donc pas à la politique mais seulement à la dégaine, à la gueule, au chien de celui et celle sensés les représenter.

Mais alors, comment ce fait-ce qu'un tout récent sondage - un peu léger le sondage cela dit, puisque réalisé sur un échantillon de 601 personnes, soit une fiabilité tout à fait tirée par les cheveux quand il est admis que seul un panel d'au moins 1000 personnes peut être représentatif - donne Juppé gagnant aux municipales de Bordeaux dés le premier tour? Parce-que question réserve, timbre de voix velouté façon "what else" et humble gestuelle...


par dirtydiel le 07.03.08 publié dans : politique
Jeudi 6 mars 2008
Ces derniers mois, le style de notre Prézydent s'est enrobé, le ton est devenu caustique, rigolard, à croire que Biggard lui écrit ses discours. C'est marrant, c'est léger, d'où la possibilité de se conduire comme un goujat, d'être ouvertement insultant, de multiplier les bourdes, quite à susciter un désamour prononcé jusque dans son propre camp. Mais à quand la chute?


Plutôt que de s'endormir d'autant de fadaises niaises, je pense qu'il est plus raisonnable de rester sur ses gardes et de ne pas oublier les vrais sujets qui fâchent. Une affaire entre autre se déroule en ce moment qui est digne du plus grand intérêt et démontre là encore à quel point les apparences sont trompeuses ainsi que la misérable absence d'investigation maintenant habituelle de la part des média dominants, je veux parler du scandale Gautier-Sauvagnac.

Il est en effet fort constructif de se cultiver un peu en apprenant que l'UIMM est la plus ancienne confédération syndicale de France, une puissante organisation trés influente qui occupe plusieurs sièges au sein du MEDEF et participe directement à la construction de la législation. Indépendante, elle est dirigée par des hommes en désaccord sur de nombreux points avec la politique du gouvernement Chirac et celui de Sarkozy, notamment avec un projet de loi visant à réformer les statuts et les financements des syndicats.

Or, face à ce bâton dans les roues que devient l'UIMM, il faut placer à des postes clés des individus plus conciliants. Pour ce faire, rien de mieux que le chantage pour faire le ménage. Facile si on est un Ministre des Finances aux ambitions nationales comme Sarkozy à une époque, l'UIMM ayant pour pratique peu éthique mais dirais-je ancestrale de nourrir une caisse noire servant à indemniser les syndicats afin qu'eux-mêmes ne soient pas trop contrariants, on missionne le Tracfin, la cellule Française de lutte anti-blanchiement, afin d'enquêter sur les finances de l'UIMM et ainsi constituer un joli bon gros dossier bien nauséabond que l'on sort du placard au moment opportun.

Ce n'est pas gagné assure Denis Gautier-Sauvagnac, cela dit comment résister à la tentation de se faire tout petit et de disparaître quand on vous promet d'effacer l'ardoise et de ne pas vous poursuivre en justice pour corruption. C'est ce que les syndicats trop nombreux pour l'Etat seront tentés de faire. Une fois le nombre de ces derniers ramené à une quantité raisonnable, il sera pratique et économique d'étatiser leur financement et de mettre ainsi fin à leur indépendance.

Du moins, voilà ce que je comprends à la lecture des actualités et plus précisément de ses deux derniers éléments: Le document de 1972 à l'origine de la caisse anti-grève d'où proviennent les 20 millions d'euros retiré en liquide par Gautier-Sauvagnac, ainsi qu'un article de Gérard Amate "J'ai interviewé Denis Gautier-Sauvagnac".
par dirtydiel le 06.03.08 publié dans : politique
Vendredi 15 février 2008
Voilà ce qui me surprend au réveil ce matin dans ma boîte aux lettres, un papier glacé non-biodégradable, non-recyclé et sans doute pas recyclable, en un mot la coûteuse communication au scotch d'Alain Juppé. Je dis au scotch parce-que pour les effets spéciaux, visiblement il n'y avait plus de budget. Voyez le gars qui sourit là, au milieu de tous ces gens zeureux qui zourient zaussi malgré leur teint plutôt maladif, et bien en vrai ils ne sont pas derrière lui. Comment ne pas le voir, le montage est si grossier.

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Regardez la lumière sur le visage radieux du candidat (UMP, mais faut pas le dire!) qui paraît nettement en meilleur forme, elle n'est pas du tout de la même température que celle plus extérieure, dirais-je, plus météo nuageuse disons, que celle qui éclaire la masse des supporters virtuellement derrière lui. Enfin s'agit-il sans doute des membres de sa liste qui avait classe verte par temps gris pour aller rencontrer les nélecteurs en répétant ouistitiiiiiiiii.

33 actions donc, toutes taillées de concrètude et d'innovance, farcies à la compétivation et à la dynamititivité (pas facile à dire çui-ci), 33 paragraphes brûlants de changeance et joliement décorés de mieux-mieux partout.

Six d'entre elles seulement concernent l'écologie, mesures catégorie poids-plume survolant l'urgence de l'éco-construction et du tri sélectif, plan succint de quelques lignes où il n'est nulle part question du développement des réseaux locaux des cultures et de la distribution de produits Bio, d'un éclairage public auto-alimenté au solaire par exemple, d'implantation d'éoliennes élicoïdales pour une production électrique alternative sur nos quais venteux, tiens! Et encore moins d'une éco-taxe imposée aux 4X4 à chaque entrée en centre ville, de la gratuité d'espaces vélos dans les parkings sous-terrains, du développement du ferroutage... que sais-je encore.

Pour la culture, c'est encore mieux que mieux, deux actions: la construction d'un Zénith au Lac (va falloir le remplir et le rentabiliser le machin), celle d'un centre culturel d'un "nouveau type" à la Base sous Marine (mais de quoi donc qu'est-ce que c'est, je croyais qu'il y en avait déjà un là-bas) et d'une "maison d'artistes" (pas de détails, on se comprend entre gens intelligents). Et puis au-delà de cette fougueuse inventivité, plein régime pour tenter de décrocher le budget en millions d'euros alloué à la Capitale Européenne de la Culture, soit la perspective de détournement de fonds trés culturels avec plein de bulles de champagne le soir dans les salons de la mairie, pour ça on peut leur faire confiance.

Ah, j'ai failli pas voir, un petit tiret a été sacrifié pour rajouter la volonté de "développer le formidable potentiel de nos associations, compagnies théâtrales, artistes plasticiens" (non pas encore Jofo?!?) et blablabla... blabla. Ca va pas être facile avec la politique nationale de la culture d'un Ministère qui a sans concertation et sans avis de passage supprimé les budgets de centaines de structures.

Mais en même temps, je m'en fous. Etant donné le No man's land cuturel de cette ville depuis des décennies, la disparition de ces gens grassement subventionnés, dont les "actions culturelles de soutien et de diffusion" sont aussi concrètes que la baisse du chômage, ne me fait ni chaud ni froid. Peut-être manqueront-ils à ceux qui font de la politique comme on fait la publicité d'un camembert.
par dirtydiel le 15.02.08 publié dans : politique
Jeudi 14 février 2008
L'image “http://farm1.static.flickr.com/76/172712446_61f73817be_m.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Lapin Duracell pique des stylos pour ratifier le traité de Lisbonne, compare sa femme à une locomotive, vante à ses candidats pour les municipales sa virilité réservée au soir de sa noce, pique des colères à la mesure de son gadin dans les sondages et la presse se demande: fallait-il publier l'info du SMS?

Pour élever sensiblement le niveau, je vous propose la lecture d'un article de Naomi Klein (No Logo) publié dans le Los Angeles Times le 28 janvier 2008 et retranscrit ici dans son intégralité en version française:



Pourquoi la droite aime un désastre.

Moody’s, une agence de notation de grandes entreprises en fonction du risque et de la valeur de leurs investissements, affirme que la réduction drastique des dépenses du programme de Social Security (le programme fédéral de retraites) est la clef pour résoudre les préoccupations économiques des États-Unis. De son côté, la National Association of Manufacturers, une organisation patronale, estime que la balle est dans le camp du gouvernement fédéral, qui devrait accepter la liste de nouvelles réductions d’impôts qu’elle lui propose. Pour le quotidien Investor’s Business Daily, la meilleure façon de stimuler l’économie serait de chercher du pétrole dans la réserve de faune nationale en Alaska.

 

Mais de toutes les manœuvres cyniques visant à faire passer des vols au profit des entreprises pour des mesures de relance économique, la palme doit être attribuée à celle que propose Lawrence B. Lindsey, ancien assistant du président Bush pour la politique économique et conseiller lors de la récession de 2001. Le plan de Lindsey consiste à résoudre la crise déclenchée par de mauvais prêts en offrant encore plus de crédits douteux. Ainsi, « l’une des choses les plus faciles à faire serait de permettre aux industriels et aux commerçants au détail » – notamment Wal-Mart – « d’ouvrir leurs propres institutions financières, leur permettant d’emprunter et de prêter de l’argent », écrit-il dans le Wall Street Journal.

 

Peu importe que de plus en plus d’Américains soient en défaut de paiement sur leur carte de crédit, pillent leurs propres plans de retraite et perdent leur maison. Si Lindsey était écouté, au lieu de perdre des ventes, Wal-Mart pourrait prêter de l’argent à ses clients pour qu’ils continuent à acheter, dans un circuit commercial duquel on ne sort pas.

 

Ce n’est pas un hasard si ce genre d’opportunisme ne nous est pas étranger. Depuis quatre ans, je fais une recherche sur une dimension peu connue de l’histoire économique : comment les crises ont ouvert la voie à la révolution économique que mène la droite à l’échelle planétaire. Une crise surgit, la panique se répand, les idéologues de droite s’engouffrent dans la brèche et remodèlent nos sociétés dans l’intérêt des grands acteurs du monde de l’entreprise. J’appelle cette manœuvre « le capitalisme du désastre » (disaster capitalism).

 

Parfois les désastres nationaux qui la rendent possible prennent la forme d’agressions physiques contre les États : guerres, attentats terroristes, désastres naturels. Le plus souvent il s’agit de crises économiques : spirales d’endettement, hyperinflation, chocs monétaires, récessions.

 

Il y a plus d’une décennie, l’économiste Dani Rodrik, qui enseignait alors à Columbia University, a étudié les circonstances dans lesquelles les gouvernements adoptaient des politiques de libre-échange. Le résultat de son enquête est frappant : « Aucun cas significatif de réforme du commerce dans un pays en développement n’a eu lieu dans les années 1980 en dehors d’un contexte de crise économique grave ». Les années 90 lui ont dramatiquement donné raison. En Russie, l’effondrement économique a préparé la voie à la privatisation des entreprises publiques, bradées à prix cassé. Plus tard, la crise asiatique (1997-1998) a exposé les « tigres asiatiques » à une frénésie de rachats d’entreprises par des capitaux étrangers, dans un processus que le New York Times a baptisé « les plus grandes soldes au monde ».

 

Bien sûr, les États désespérés font généralement ce qu’il faut pour obtenir un plan de secours. L’atmosphère de panique offre aux dirigeants politiques l’occasion de mener dans la hâte des changements radicaux qui, en d’autres circonstances, seraient trop impopulaires, tels que la privatisation de services essentiels, l’affaiblissement de la protection sociale des salariés, ou la signature d’accords de libre-échange. Lors d’une crise, on peut présenter débat public et procédures démocratiques comme un luxe qu’on ne peut s’offrir.

 

Les politiques néolibérales (free-market) présentées comme des remèdes d’urgence ont-elles vraiment pour effet de résoudre les crises qui surgissent ? Pour les idéologues qui promeuvent ces solutions, la question a peu d’importance. Ce qui compte, c’est que le « capitalisme du désastre » soit une tactique politique efficace. L’économiste Milton Friedman, chantre de la liberté du marché, a présenté cette stratégie de la plus claire des manières, dans la préface à la réédition de 1982 de son manifeste Capitalism and Freedom (Capitalisme et liberté) : « Seule une crise, réelle ou perçue, produit du vrai changement. Lorsque cette crise se produit, les actions entreprises dépendent des idées qui traînent dans la société. Voilà, je crois, notre vraie fonction : élaborer des alternatives aux politiques existantes, les maintenir en vie et disponibles jusqu’à ce que le politiquement impossible devienne politiquement inévitable ».

 

Une décennie plus tard, John Williamson, un important conseiller du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale (celui-là même qui a forgé l’expression « consensus de Washington »), est allé plus loin encore. Au cours d’une réunion de grands décideurs politiques, il s’est demandé « s’il n’y avait pas un sens à provoquer délibérément une crise afin d’enlever les obstacles politiques à la réforme ».

 

Plus souvent qu’à son tour, l’administration Bush administration a profité des crises pour écarter tout obstacle qui pourrait faire obstacle aux dispositifs les plus radicaux de son programme économique. Une récession (2001) a d’abord servi d’excuse à des baisses d’impôts généralisées. Plus tard, la « guerre contre le terrorisme » a inauguré une ère de privatisations sans précédent des fonctions militaires et sécuritaires. Après l’ouragan Katrina (2005), l’administration a multiplié les exonérations fiscales, fait reculer les acquis sociaux des salariés, fermé des logements sociaux et participé à la transformation de la Nouvelle Orléans en laboratoire pour les charter schools (écoles publiques gérées indépendamment des autorités scolaires publiques), tout cela au nom de la « reconstruction » après le désastre.

 

Étant donné ces précédents, les lobbyistes de Washington avaient toutes les raisons de penser que la crainte d’une récession allait permettre une nouvelle distribution de cadeaux aux entreprises. Et pourtant il semble que les Américains commencent à comprendre les tactiques du « capitalisme du désastre ». Bien sûr, le paquet de mesures, dont le montant s’élève à 150 milliards de dollars, que propose l’administration Bush pour relancer l’économie, n’est rien d’autre qu’un cadeau fiscal à peine déguisé, incluant une série de nouvelles « incitations » aux entreprises. Mais les Démocrates ont dit non à une tentative plus ambitieuse du Parti républicain de profiter de la crise pour rendre permanente les exonérations fiscales de Bush et s’en prendre à la sécurité sociale. Pour l’instant tout se passe comme si cette crise, provoquée par le refus obstiné de réglementer les marchés, ne saurait être « résolue » sans donner à Wall Street une nouvelle occasion de dilapider l’argent public.

 

Pourtant, tout en résistant (péniblement) à ces mesures, les Démocrates de la Chambre des représentants semblent avoir abandonné la lutte pour que l’augmentation des allocations de chômage, le financement du programme des bons d’alimentation pour les pauvres (food stamps) et le programme d’assurance Medicaid soient inclus au plan de relance. De plus ils ne parviennent absolument pas à utiliser la crise pour proposer des solutions alternatives à un statu quo marqué par des crises en série, qu’elles soient environnementales, sociales ou économiques.

 

Le problème n’est pas un manque d’idées « en vie et disponibles » comme le dit Friedman. Beaucoup sont disponibles, du système de santé garanti par l’État à des lois rendant obligatoire un « salaire décent » (living wage). Des milliers d’emplois pourraient être créés pour reconstruire l’infrastructure publique, vétuste, et la rendre plus compatible avec les réseaux de transport en commun et avec les énergies renouvelables. Des capitaux sont nécessaires pour démarrer ? Vous n’avez qu’à supprimer la niche fiscale (loophole) qui permet aux managers des grands fonds spéculatifs de ne payer que 15% d’impôts sur les gains de capital plutôt que 35% d’impôts sur le revenu ; ainsi qu’à adopter la taxe, proposée depuis longtemps, sur le commerce international des devises. Avantage supplémentaire : un marché moins volatile, moins exposé aux crises…

 

Notre manière de réagir aux crises est toujours hautement politique : c’est une leçon que les progressistes semblent avoir oublié. Il y a là une ironie historique : les crises ont ouvert la voie à certaines des politiques les plus progressistes de l’histoire des Etats-Unis. Après l’échec dramatique du marché en 1929, la gauche était préparée et n’attendait que de pouvoir mettre en œuvre ses idées : le plein emploi, les grands projets de travaux publics, les grandes campagnes de syndicalisation. Le système de Social Security que Moody’s a tellement envie de démanteler a été conçu comme réponse directe à la Dépression.

 

Chaque crise est aussi une opportunité, que quelqu’un exploitera. Mais la question qui nous est posée : les turbulences actuelles serviront-elles de prétexte pour transférer encore plus de richesses publiques dans des mains privées et effacer les derniers vestiges de l’Etat-Providence, au nom de la croissance économique ? Ou bien ce nouvel échec de marchés fonctionnant sans entrave sera-t-il l’élément déclencheur dont nous avons besoin pour ranimer l’esprit de l’intérêt public et chercher des solutions sérieuses aux crises de notre temps : les inégalités béantes, le réchauffement planétaire, la défaillance des infrastructures publiques ? Les capitalistes du désastre tiennent les rênes du gouvernement depuis trois décennies. Le moment est revenu de promouvoir un « progressisme du désastre ».

Traduction Jim Cohen et Haeringer pour Mouvements.
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par dirtydiel le 14.02.08 publié dans : politique
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